José Antonio Sistiaga est né à Saint Sébastien en 1932 et réside aujourd’hui à Ziburu
(Ciboure – France), au Pays Basque nord.

 

Il est l’un des grands parmi les grands de l’art basque contemporain. Il fut, en 1965, en compagnie d’artistes tels que Eduardo Chillida et Jorge Oteiza, à l’origine du groupe d’artistes d’avant-garde : GAUR. Cette génération est encore à ce jour la plus riche et la plus prolifique qu’ait connu le Pays Basque, tant en terme d’œuvres qu’en ce qui distingue les personnalités complexes et parfois polémiques de ses membres.

Son travail de peinture cinématographique commencé en 1968 avec le court métrage De la luna a Euskadi et suivi deux années plus tard du long métrage expérimental Ere erera baleibu izik subua aruaren, est exceptionnel et passionné. Ere erera baleibu izik subua aruaren est d’ailleurs le premier long métrage réalisé dans le monde suivant la technique du cinéma direct et sans accompagnement sonore. Son œuvre picturale n’a par ailleurs rien à envier à la folie de ses créations cinématographiques. Elle permet aux visiteurs des musées et aux passionnés d’art de profiter de toute la palette artistique sur laquelle Sistiaga se balade, au gré de l’inspiration du moment exprimée dans chacune de ses œuvres, avec comme seule véritable constante celle d’une sensibilité poétique exacerbée.

L’influence et l’importance de Sistiaga au sein du monde artistique participent toujours activement à la diffusion et à la promotion de la culture et de l’art basque à travers le monde.

 

Reflexiones en un jardín imaginado
Par Jean-Michel Bouhours, conservateur du Musée National
d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou

L’exposition Reflexiones en un jardin imaginado [qui eut lieu] au Koldo Mitxelena, [présenta] au travers de plus de 100 œuvres, un des artistes contemporains basques les plus originaux de sa génération. Interdisciplinaire (peinture, dessins, films, caissons lumineux) elle [put rendre] compte de la richesse et de l’interdépendance des medium dans la quête permanente d’un dépassement de la condition de la peinture.
Sistiaga est un peintre fondamentalement abstrait, même si à la faveur du thème du nu, il va démontrer au cours des années 70 et 80, ses qualités inouïes de dessinateurs d’après modèle. […] La découverte de la peinture du russe Vassili Kandinsky, le père de l’abstraction, […] inspira à Sistiaga le chemin dont il ne se détournera plus, d’un art «non objectif».
Installé à Paris au milieu des années 50, Sistiaga se retrouve dans le contexte de l’abstraction picturale et plus particulièrement de l’abstraction lyrique, où le geste pénètre et détermine la composition, puis de ce que génériquement on a appelé l’art informel, courant contemporain qui s’affirmait comme le dépassement radical du cubisme et du surréalisme. […]
Dans l’histoire du cinéma abstrait, l’auteur du film sans caméra le plus long jamais réalisé Ere Erera baleibu izik subua aruaren…(1968-70) est considéré comme une figure prométhéenne. Conçus dans l’exacte continuité de son travail pictural, ses films ont demandé à leur auteur souvent plusieurs années d’un travail précis et méticuleux. Dans la lignée de Norman MacLaren et de Len Lye, les «inventeurs» du «film direct», c’est-à-dire dire du film peint, dessiné ou gratté à même la bande de celluloïd, José Antonio Sistiaga a tenté de s’approcher le plus possible pour chaque image de ses films – et il y en 24 par seconde de projection – des conditions de ses tableaux. D’où le recours au format 70mm 15 perforations, le format de l’IMAX, dix fois plus grand que l’image 35mm réservé d’habitude aux peplums, aux kinopanoramas et aux salles géodésiques. Le peintre est entré d’emblée dans le Grand Spectacle. Le «film direct» produit une vitesse visuelle inédite de mouvements particulaires browniens ne répondant qu’aux effets du hasard, les effets de masse d’agglutinements ou d’éparpillements de particules libres dans l’espace, les gerbes explosives de l’art pyrotechnique et les images subliminales.
Le cinéma a ouvert à Sistiaga l’iconographie astrophysicienne de l’univers. Ses paysages ne sont pas ceux de l’observation immédiate, de ce qui est phénoménologiquement accessible. Le champ de sa vision personnelle est celui d’un monde hors des limites du visible, infiniment petit, le monde de la matière, des quarks ou infiniment grand (les novae, les trous noirs).
[…] José Antonio Sistiaga a cherché pour sa peinture à repousser les limites de la perception humaine : vision de nuit, vitesse et rythmes, images subliminales.

Texte original à lire sur le blog de Jean-Michel Bouhours